CNESER du 6 juillet 2021 Les expressions de SUD Recherche EPST

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Les CNESER se suivent et se ressemblent beaucoup. Bizarrement, quand la ministre vient, elle quitte toujours la salle avant que la présidence ne nous donne la parole. Mais c’est sûtement un hasard.
Mais ça ne nous empêche pas d’exprimer nos mandats, nous ne venons pas là pour la ministre (sinon, nous ne vendrions pas souvent !).

En autres choses, nous sommes intervenu-e-s sur la rentrée, la formation des enseignant-e-s à la « à la laïcité et aux valeurs de la république », et avions préparé une courte intervention sur la refonte du HCERES

Une pléthore de textes d’importances inégales à ce CNESER. Sans surprise, les projets de transformation d’universités (Montpellier, Nantes) en grands établissements ont reçus un vote nettement défavorable, dont nous faisions bien entendu partie. En effet, comment soutenir de tels projets qui visent à tranformer des universités en établissements « libérés » de tous les impératifs sociétaux des universités, dont en particulier les droits d’inscription ne sont plus plafonnés, et qui mettent au placard le peu qui reste de démocratie universitaire. Il en a été de même de la tentative de transformer directement les établissements du ministère de la défense en grands établissements.

Mais il est des textes encore plus nauséabonds que d’autres. Ainsi, le rapport rendu pour la préparation de la rentrée prochaîne, diffusé au dernier moment au mépris des règles de l’instance, et pire encore sa présentation supervisée par la ministre elle-même ne pouvait être entendu sans réagir. Pour comprendre notre accroche, il faut savoir que, après avoir demandé d’attendre la minsitre pendant presque une heure, la présidence demandait aux organisations syndicales de renoncer à leurs déclarations pour « poser des questions à la ministre » !

Voici donc la déclaration que nous avons faite :

Pour nous [1], le CNESER est une vraie instance, pas un club où nous viendrions recevoir la bonne parole et juste poser des questions lorsque la ministre daigne y participer. D’ailleurs, en général elle s’en va avant que ce soit notre tour de parler, (parfois bien aidée par la présidence) donc nous n’avons pas le réflexe de lui préparer des questions....
Nous attendions de voir ce qui nous serait présenté aujourd’hui, car le rapport écrit était bien vide de substance. Si on a bien compris, il va falloir se débrouiller avec ce qu’on a, et merci à Anne Roger [2] d’avoir pris le temps de passer en revue les manques les plus criants pour cette rentrée.
Nous avons bien compris aussi que ce n’est pas la faute du ministère, mais seulement des présidences d’établissements autonomes. Nous pourrions être à moitié d’accord avec la proposition [3]. Mais il faudrait aussi se demander si les multiples réformes que nous avons subies ne favorisent pas l’arrivée au pouvoir d’un certain type de présidence, que les vacations ne dérangent pas trop. Et se demander comment la prétendue autonomie des établissements les amène à faire les choix désagréables à la place du ministère.

Si nous avons bien compris, ce sera donc la faute des établissements si les conditions sanitaires sont telles que l’on sera obligé de renoncer à l’objectif vertueux du ministère de 100% présentiel pour développer à outrance l’enseignement à distance (enfin, sauf pour quelques étudiant-e-s choisi-e-s) ... développement que le ministère souhaite depuis des années. Ce doit être une nouvelle déclinaison du gagnant-gagnant.

Mais il y a un aspect sur lequel le ministère ne pourra pas se dédouaner de ses responsabilités : c’est celui de persister à accompagner les étudiant-es à trouver des petits boulot plutôt que de s’engager sur le vrai chantier d’un nouveau mode de revenu, salaire étudiant-e-s, niveau de bourses ou autre, qui permettrait à toutes et tous les élèves de consacrer tout leur temps à leurs études supérieures au lieu de réserver ce luxe à une poignée de privilégié-e-s.
Voilà qui permettrait une vraie université émancipatrice, qui porterait une promesse pour toutes celles et ceux qui ont envie d’étudier, au lieu de décourager les jeunes issu-es de ce qu’on appelle « les classes populaires » dès leur plus jeune âge, jeunes qui bien entendu auraient reçu une formation primaire et secondaire à la hauteur de l’enjeu. Ah, mais ça doit être du gauchisme, de telles aspirations !

Autre coup de chaud, le projet de formation des enseignant-e-s « à la laïcité et aux valeurs de la république » (voir la présentation et le cahier des charges).

Félicitations aux rédactrices et rédacteurs : profusion de belles formules, on imagine facilement les effets de manche, nous sommes sensibles à l’effort de rédaction ...
Mais ça ne pourra pas nous faire oublier les vraies raisons de sa rédaction, dans un contexte législatif particulier :
- décliner un dispositif visant à cacher sous un masque vertueux des décennies de politiques renvoyant à toujours plus de misère les travailleurs et populations les plus fragiles : c’est bien là la situation qui permet aux « communautarismes » et autres « séparatismes » de trouver leurs terrains.
- préparer les élections présidentielles en allant grappiller des espoirs de voix dans ce que la scène politique offre de plus nauséabond : la peur de l’autre, la xénophobie, les racismes de tous poils, la croyance aveugle dans les vertus de l’autorité plutôt que dans celles de la compréhension, …

Car comment croire une seconde à la sincérité de telles déclarations, venant d’un gouvernement qui fraie sans la moindre gêne avec les écoles confessionnelles, essentiellement catholiques, leur permet de sélectionner leurs élèves (et pas seulement par l’argent), qui les laisse imposer aux enseignant-e-s, maîtres contractuels de droit public , un « accord collégial », parfois même un « pré-accord-collégial », sorte d’examen laissé à la libre appréciation des établissements catholiques ? Qui tolère sans réagir le moins du monde que des « universités catholiques » s’affichent comme telles, là où le terme université devrait être réservé à l’enseignement public ! Où est l’esprit de la loi de 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » ?

Mais nous ne sommes pas pour autant surpris-es, on ne s’attendait même pas à un peu de décence de la part d’un gouvernement dont toute l’action « républicaine » pourrait se résumer en une formule : Abattre la fraternité et détruire les libertés pour pouvoir développer toujours plus les inégalités !

Nous avions également préparé une intervention sur le projet de décret HCERES, que nous n’avons pas pu lire, les organisations syndicales ayant décidé de quitter la salle après plus de huit heures de débats pour seulement la moitié de l’ordre du jour (voir la déclaration commune ici).

Nous, SUD Recherche EPST et les agents qui nous ont désigné-e-s comme porte-parole, rappelons sans cesse que ce dont a besoin en matière d’évaluation une recherche scientifique efficace, inventive, dynamique, réactive, au service de l’intérêt général, c’est une évaluation-conseil , qui permette à chaque scientifique de se questionner sur ses pratiques et ses orientations par un échange avec sa communauté de travail, débarrassé des enjeux de carrière, du publish or perish, des pressions politiques et hiérarchiques.
Sans doute le HCRES présentait-il encore trop de velléités d’indépendance. Le voilà bien repris en main, avec des pouvoirs et un périmètre élargi. Nul doute que l’on verra bientôt des interventions de ce bras armé du gouvernement sur le front des machins-choses-gauchismes et autres manifestations intolérables de l’esprit scientifique critique vis-à-vis de l’action du-dit gouvernement. Car, il faut bien le reconnaître, cette communauté scientifique qui se permet de parler de ce qu’elle connaît, sans même avoir demandé de subvention à une société commerciale, mérite bien d’être cataloguée comme « gangrenée », fut-ce par un machin dont on ignore ce que c’est mais porteur de noms fleurant bon la propagande la plus efficace qui soit : celle de la haine. Puisque cette communauté a refusé de s’entre-déchirer sur commande, voilà, avec un HCERES repensé et correctement « managé », de quoi la remettre au pas !

[1SUD RE

[2SNESUP-FSU, intervenue auparavant et interrompue par la présidence

[3du moins la moitié de la deuxième partie

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